Cher étranger

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À toi cher étranger qui vient s’installer au Québec,

Cette lettre est pour que tu puisses un peu mieux comprendre la culture québécoise et dans quoi « tu t’embarques » ! Je t’invite fortement à conserver ton sens critique et à garder en tête, tout au long de ta lecture, que cette lettre est le résultat d’une introspection très personnelle. Je te fais ici une brève présentation de la culture dans laquelle j’ai grandi. Cette critique n’est en fait que perception de ce qui a été et de ce qui est. Je t’en prie, ne juge pas trop difficilement mes propos et ne t’arrête SURTOUT pas à mes opinions pour définir ma culture, et par le fait même, qui je suis. Car, oui, elle a ses mauvais côtés, comme toutes les cultures, mais elle en aussi des bons et ça me ferait de la peine que tu la juges sans prendre le temps de la connaître réellement. Je te promets en échange de faire de même envers la tienne et de la défendre au même titre que la mienne parce que c’est ça, le respect et l’ouverture d’esprit. Alors, je t’invite, après ses quelques lignes, à te questionner, à être curieux et à toujours chercher plus loin que ce qui semble être. Je te recommande même fortement de lire davantage sur notre histoire. Peut-être, alors, pourras-tu un peu mieux discerner d’où je viens. Après tout, c’est la moindre des choses. Comment pourrait-on prétendre connaître ce qui nous était inconnu à ce jour?

C’est depuis mon enfance que je suis attirée vers tout ce qui est différent. Je ressentais et je ressens encore aujourd’hui le besoin de me démarquer de mon entourage. Même à l’âge adulte, j’ai encore la profonde peur de passer inaperçue, d’être oubliée ou simplement de dégager une énergie « fade » et sans couleur. Il est bien possible que cette peur m’ait été transmise par le biais de ma famille et de mes proches. Pourtant, j’ose penser que ça va beaucoup plus loin que cela. Je crois même que chaque population est un peu imprégnée de l’histoire de son pays et que de celle-ci, y découlent systématiquement nos croyances, nos peurs et nos normes sociales.

Mon pays à moi, c’est le Canada, mais je pourrais aussi bien dire le Québec, car malgré son titre de province, il est presque reconnu comme tel par son peuple et à travers le monde. Petit cousin des Français de France et anciennement sous l’emprise impérialiste coloniale de l’Angleterre, nous pouvons maintenant affirmer que la culture québécoise ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui sans son passé et son histoire. Je vois notre culture comme un mélange entre le raffinement des traditions des Européens et la culture américaine qui touche maintenant la majorité des pays occidentaux, communément appelé : le phénomène d’américanisation. Cependant, si on va plus loin et qu’on dresse un portrait plus personnalisé de la culture québécoise, on se rend compte qu’elle est en fait remplie de dualités. Les Québécois francophones ne semblent pas encore guéris de leur passé colonial, selon moi. Comme société, on ressent encore une certaine peur de l’autorité et du joug qu’elle imposait par le passé. Ce n’est pas pour rien que l’Église, maintenant désertée par ses croyants, ne représente plus qu’un édifice protégé par notre cher patrimoine. Après la grande noirceur de Duplessis, un ancien Premier ministre du Québec qui ramena le pouvoir religieux dans la sphère politique, les Québécois font maintenant preuve d’une forte laïcité et on pourrait même dire, d’un rejet du religieux et de tout ce qui est ostentatoire dans ses représentations.

Précédemment, je te parlais de dualité dans la culture québécoise. Elle se traduit principalement par une grande fierté et une peur de disparaître. Sans oublier aussi la peur de l’autre. Quand je dis l’autre, je parle de quiconque n’est pas francophone ou bien québécois de souche. Malgré notre ouverture sur le monde, la population québécoise a toujours peur de l’envahisseur étranger. Peut-être est-ce dû au fait qu’elle fut jadis contrôlée et dirigée par un pays étranger pendant une longue période de son histoire et qu’elle ait ruminé cette indignation. C’est une hypothèse plausible, ou bien c’est peut-être simplement aussi parce que nous souffrons d’un sérieux trouble identitaire. Ce trouble est ce qui nourrit nos peurs et ce qui renforce la vague d’ethnocentrisme dirigé par notre égo. Certains diront pourtant que le Québec est très ouvert et accessible. Ce qui doit aussi être vrai dans un sens, car c’est pourquoi les gens aiment s’y installer. Cependant, malgré l’accueil chaleureux qu’on croit réserver aux étrangers, plusieurs citoyens semblent toujours hostiles au mélange unique qu’apportent ces nombreuses cultures au Québec. Je crois que nous sommes imprégnés d’un peu des deux, encore une fois, cette dualité, tu la découvriras par toi-même.

Parlant d’égo, ça me fait penser à notre langue et à notre hockey. En effet, la langue française est ici très protégée par des lois. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi. C’est même respectable. Cependant, certaines personnes semblent se laisser un peu trop affecter par ce sujet. Lorsqu’on s’adresse à eux en anglais ou dans toute autre langue étrangère, des gens perçoivent automatiquement une arrogance, un manque d’effort et un envahissement, alors que l’usage peut s’avérer dans les faits sans malice. La majorité du temps, l’utilisation de l’anglais semble simplement être une question de facilité et de commodité. Parce qu’il faut se rendre à l’évidence que dans les grandes villes comme Montréal, notre belle métropole, l’anglais est couramment parlé, un peu partout. Il faut s’y faire! C’est ça le changement. Mais il est aussi possible de percevoir les changements insécurisants comme quelque chose de positif. En fait, c’est ce dont le Québec a besoin pour évoluer. Comme l’a très bien exprimé Winston Churchill : « Il n’y a rien de négatif dans le changement, si c’est dans la bonne direction ». Dans tous les cas, on peut s’entendre pour dire qu’on est un peuple sensible et un peu « insécure ». On a surtout peur que la flamme nationaliste québécoise s’éteigne dans la masse étrangère. Ce protectionnisme culturel se manifeste aussi ailleurs. Par exemple, dans notre sport national : le hockey. Il serait d’ailleurs mieux pour toi d’aimer les Canadiens, car ici, c’est comparable au football américain, ça a remplacé la religion. Comme dans toutes religions, il y a des adeptes plus fanatiques que d’autres. Encore là, il ne faut pas généraliser. Pour d’autres Québécois, ce sont les arts qui l’emportent bien autant que le sport : le théâtre, les spectacles d’humour, La Voix ou notre Céline nationale! Tu peux l’adorer ou la trouver « quétaine », l’opinion est assez partagée à son sujet. Mais on en dira ce qu’on voudra, elle représente toutefois l’une de nos plus grandes fiertés sur le plan de la réussite artistique à l’international.

Le Québec, c’est aussi plein de choses que j’adore! Comme la poutine, la cabane à sucre et le St-Hubert. Tu y verras aussi le changement de couleur des saisons. L’hiver peut nous sembler rude et interminablement long par moments, mais on est tout de même émerveillés par cette première neige qui tapisse nos vastes paysages de blanc. Tu verras que les Québécois sont aussi rassembleurs et festifs! L’été, c’est la saison des festivals où chacun peut y trouver son plaisir. Que ce soit par le rire, ou la chanson, nous te divertirons!

Mais surtout, le Québec c’est l’endroit où je me sens libre d’être qui je suis et où je me sens en sécurité. Et ça, c’est ce qu’on a de plus beau à t’offrir.

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Catégorie de l'article:
ART DE VIVRE

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