Handicap invisible : vivre avec un traumatisme crânien

Écrit par
traumatisme crânien

Voilà l’une des questions à laquelle je dois souvent répondre et qui me vient de jeunes enfants âgés d’à peine dix ans :« C’est quoi ta maladie? ». C’est inéluctable ; chaque fois que j’ouvre la bouche en début de conférence et que j’annonce que je suis athlète paralympique – donc une athlète ayant un handicap – des centaines de paires d’yeux me scrutent de la tête aux pieds. Mon handicap est invisible sauf pour moi et mes proches. Je vis avec un traumatisme crânien. Ce n’est pas par choix et c’est irréversible. Avant de jouer du violon, je vais vous raconter une petite histoire.

Une journée, je décide de partir à vélo parce que j’aime aussi le vélo. Dans ma tête de cycliste amateur, cent vingt kilomètres c’est le Tour de France. Je me rends jusqu’à la frontière des États-Unis où le douanier me demande ma destination. Je pointe en direction d’une pancarte qui souhaite aux visiteurs la bienvenue dans l’État de New-York, disant que je veux me prendre en photo avec la pancarte avant de revenir. C’est bon, il me laisse passer. J’ai parcouru près de soixante kilomètres. À mon retour, une voiture me percute alors qu’elle roulait à 110 km/h.

C’était en juillet 2005, il y a onze ans de cela. Ce dont je me souviens des premiers mois avec ce nouveau moi, c’est que je n’étais pas là. Une vraie tour d’ivoire. Je fulminais de rage lorsqu’on me demandait de retirer mes lunettes alors que nous étions dans un restaurant ou encore lorsque je levais mon petit doigt comme la tour Eiffel lorsque je buvais le thé en plein après-midi pour faire comme les British. J’avais la saute d’humeur facile, des problèmes de mémoire et je commençais à m’endormir vers dix-neuf heures trente.

Onze ans plus tard, je fais mes journées (et elles sont assez bien remplies). Le défi réel, mise à part la frustration ressentie à chaque fois que je réalise que je viens de faire ou de dire quelque chose qui ne fait pas de sens, c’est de développer un meilleur sens de l’organisation. Je me pensais hyper organisée lors de ma première tentative à l’Université en 2006 ou hyper organisée dans ma préparation d’avant course. C’était jusqu’à ce que je rencontre mon amie Isabelle. Le temps de la connaitre, je me suis rendu compte que j’avais des croutes à manger si je voulais parvenir à avoir une structure qui fonctionne. Je suis maintenant de retour à l’Université et je me rends compte des limitations du traumatisme crânien. Vraiment, les séquelles d’une telle situation ou je me les impose moi-même?

Il n’y a rien de plus frustrant qu’une personne qui me dit que je ne peux pas accomplir telle ou telle chose en raison de… Que je ne serai pas capable à cause de… Que c’est difficile parce que je suis fatiguée… C’est vrai, quand je suis fatiguée, j’ai l’impression que mon cerveau fonctionne en mode d’économie d’énergie ; j’oublie un peu plus, je ne pense pas décrire la tonne de tâches que je dois accomplir à l’agenda alors je peux oublier plus facilement, me perdre dans des explications qui ne font pas de sens, me sentir toute petite et perdue devant les tâches à accomplir, car je n’arrive pas à prioriser tellement je veux que tout soit parfait. C’est quasiment une obsession. Comme d’en vouloir au monde entier lorsque j’ai reçu la note de mon premier travail et que j’ai constaté qu’une personne dans le cours a obtenu la note suprême et que ce n’était pas moi. Dans le sport, on peut s’entraîner pour devenir meilleur. Dans les études? Je vais continuer de m’entraîner pour avoir la réponse.

Mis à part ces aspects plus négatifs, la beauté de la chose, c’est d’avoir les yeux ouverts pour s’émerveiller devant les choses les plus simples. Je ne parle pas d’un conte de Charles Perreault ou un nuage créera de l’émerveillement, mais le fait de pouvoir avoir un second regard sur l’ensemble de ce qui nous entoure et de savourer chaque inspiration. Dans le fond, un traumatisme crânien, du moins léger, n’est pas si terrible que ça, ça fait juste m’améliorer.

Texte écrit par Marie-Claude Molnar et révisé par Bertrand Kanga.

Catégorie de l'article:
SPORT

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *