À la rescousse de la démocratie

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La démocratie est malade. La confiance envers les institutions politiques et démocratiques est en baisse constante au Québec. Il est possible de le constater avec le taux de participation des électeurs québécois en 2014 avec 71.43 %, quoique moins alarmant qu’en 2008 (57.43 %). En cette année électorale, il s’avère important de remettre en question l’implication citoyenne québécoise et son devoir démocratique. Le problème paraît insurmontable et la solution, quant à elle, semble énigmatique, pourtant il suffit d’en parler.

Par peur de déplaire ou pour éviter la discorde lors d’un repas en famille et que la discussion s’envenime, la majorité des Français (51 %) vont changer de sujet de conversation. Seulement 37 % des membres de la famille vont continuer de discuter sans aller jusqu’à se fâcher. Bien que les données s’appliquent aux Français, la pertinence n’en est pas amoindrie pour la population québécoise. En fait, au Québec, on constate une perte de confiance envers les institutions et une certaine défiance envers ceux qui les représentent. La démocratie s’en trouve fragilisée.

Cette tendance se retrouve dans les foyers québécois. Selon la Presse, dans une entrevue avec la philosophe française Myriam Revault d’Allonnes, « il y a une tendance à ne pas parler de politique en famille, car c’est un sujet de désaccord ». Ce simple désaccord, si banal à première vue, peut fracturer des liens familiaux, car nos choix politiques mettent en branle notre système de valeurs, de croyances et nos convictions les plus profondes. Selon Anne Muxel, sociologue française, la plupart des familles qui vivent une ou plusieurs disputes concernant la politique souhaitent « maintenir et préserver l’unité et la possibilité de la rencontre familiale. La politique devient un sujet tabou. » Certains sont prêts à tout pour conserver les liens familiaux et éviter de diviser la famille à cause de la politique. Ces personnes évitent donc d’en parler ou adoptent les idées politiques de la famille. Pourtant, il faudrait contrer cette tendance et transformer ce sujet de discorde en sujet de conversation courant dont les enfants seront les bénéficiaires, notamment par la conscientisation des problèmes sociétaux. Dès l’école primaire, les enfants sont confrontés à des problèmes d’ordre politique comme l’égalité, la justice, l’autorité et l’espace public. En se fâchant ou en évitant la discussion, on empêche nos enfants et nos adolescents de saisir l’importance du rôle qu’ils ont à jouer dans la démocratie ainsi que les problèmes qui y sont associés. Les parents sont les premiers agents de socialisation pour l’enfant. Celui-ci sera influencé pour le restant de ses jours par l’apprentissage légué et par cette appréhension de la société. La démocratie souffre. Elle souffre d’un manque d’intérêt, d’un manque de confiance. L’offre politique ne satisfait pas toujours la population, mais cette dernière préfère éviter le sujet. Le problème réside dans l’abstention d’en parler : pas de démocratie sans paroles.

Éviter le sujet a un impact sur la structure démocratique et peut entraîner une polarisation politique. Comme il est stipulé dans l’article de Camille Williams, « une des causes de la polarisation politique aux États-Unis pourrait bien être la communication sélective, la tendance à ne pas dire à autrui ce qu’on pense vraiment. » On comprend alors que rendre la politique comme un sujet tabou entraîne une réduction de la diversité des idées et des opinions minoritaires au profit de ceux qui sont les plus populaires. La popularité n’est pas un synonyme d’efficacité et de pertinence.

Il est essentiel de parler de politique avec les siens. Le débat, l’échange sont des choses fondamentales qui nous permettent de développer des idées. Ces conversations participent à la mobilisation, à l’intérêt de suivre la campagne – Bruno Cautrès

C’est un peu cela la démocratie. C’est une confrontation d’idéologies entrelacée d’une volonté de vouloir changer les choses et de faire mieux. C’est un partage de visions du monde, souvent différentes les unes des autres. La discussion permet d’enrichir la démocratie par l’apport de nouvelles connaissances. Elle développe la conscience sociale, ce qui s’avère un élément crucial lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’avenir. Bref, il est important de panser les blessures que les Québécois infligent à leur propre démocratie. Parlez-en.

Crédit photo : pixabay.com

Sources :

https://www.electionsquebec.qc.ca/francais/provincial/vote/taux-participation.php#no8

https://www.franceculture.fr/personne-myriam-revault-d-allonnes.htmlhttp://plus.lapresse.ca/screens/c4940875-d9c5-40e9-a9a6-fe5cd7b8238d__7C___0.html

https://www.franceculture.fr/personne-anne-muxel.html

https://lactualite.com/politique/2012/05/03/le-quebec-une-democratie-malade/

http://www.psychologies.com/Planete/Societe/Interviews/Parler-politique-avec-ses-proches

https://www.sudouest.fr/2017/05/05/parler-politique-avec-ses-proches-le-conflit-est-il-inevitable-3413764-710.php

http://www.sciencespo.fr/cevipof/en/researcher/bruno-cautres

http://www.lepoint.fr/phebe/phebe-pourquoi-il-ne-faut-pas-eviter-les-sujets-qui-fachent-03-08-2018-2241260_3590.php

 

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