Attentat : une pièce qui ose parler

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Attentat

Il y a toujours cette vilaine habitude de se résigner devant une injustice. Le poids de la lâcheté, trop lourd, nous entraîne à nous contenter de penser tout bas sans jamais oser parler tout haut. La peur nous effraie et nous fait oublier de prendre conscience de notre pouvoir de changer les choses. La pièce Attentat a eu le courage, non pas de dire, mais de crier, avec fierté, la révélation du monde dans lequel on vit aujourd’hui. Les sœurs Gabrielle et Véronique Côté ont mis en scène un véritable poème vivant. Une façon touchante, riche en émotions et en mots pour nous parler des vraies choses de la vie.

C’est avec une série de poèmes québécois percutants et très bien choisis que les sœurs Côté nous plonge dans cet « attentat ». Selon le dictionnaire Le Petit Robert, « attentat » se définit par une tentative criminelle contre une personne ou un groupe. Cependant, le sens du titre de la pièce s’inspire davantage des racines étymologiques du mot. Découlant du latin attentatum, le terme attentat signifie alors faire une tentative de manière audacieuse. C’est effectivement avec audace que les comédiens nous offrent leur prestation.

D’entrée de jeu, les lumières s’éteignent, l’atmosphère devient pesante et la pièce s’amorce telle une gifle au visage. Plongé dans le noir, les propos sont crus, directs et gratuits. Les mots dérangent, choquent et grincent. Les jugements sont faciles et stéréotypés, mais nous empêchent de fuir. Jouer à l’autruche est maintenant inutile. Nous sommes déjà plongés dans le bain. Par contre, plus le temps avance et plus on se dirige vers quelque chose de grand, de lumineux. Les mots deviennent beaucoup plus qu’une opinion : ils se soudent et s’unissent pour former un tout harmonieux. La dernière phrase de la pièce le démontre très bien : « Ce n’est pas l’opinion qui change le monde, mais le désir ! » L’usage de la parole est ainsi judicieusement exécuté, on perçoit les mots qui s’enchaînement naturellement. On assiste à une chorégraphie verbale où tout se trouve parfaitement synchronisé.

Attentat

Crédit photo : Nicola-Frank Vachon

Il faut aussi souligner que les spectateurs prennent une place particulière dans la mise en scène puisqu’on fait complètement abstraction du quatrième mur. Ce « mur » qui est en fait la barrière, délimite la fiction de la réalité et permet normalement de séparer les comédiens du public. La pièce a été conçue de manière à ce que le spectateur puisse s’y joindre. Certaines parties incluent des « gens du public » qui se lèvent et qui complètent les répliques des comédiens. Les « spectateurs » créent ainsi une proximité entre l’assistance et les interprètes. Tous les éléments de la pièce sont réels, rien n’est exclu, une tentative qui est digne de son audace.

Crédit photo de l’image de couverture : Nicola-Frank Vachon

Texte révisé par : Malika Schneider

 

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CULTURE

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