Ces ennemis de l’économie qui font la belle vie

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On entend souvent dans les médias que le gouvernement cherche à peaufiner ses pratiques d’enquête contre les paradis fiscaux. Le seul problème avec cet enjeu, ce ne sont pas les pratiques d’enquête, mais plutôt l’existence même des paradis fiscaux. En 2017, le journaliste d’enquête Jean-François Cloutier affirmait qu’environ 300 milliards de dollars canadiens étaient désormais enfouis dans les paradis fiscaux, montant correspondant à peu près au budget fédéral.

Tout d’abord, il faut savoir ce qu’est un paradis fiscal. Selon l’Agence du revenu du Canada, un paradis fiscal, c’est un État où le taux d’imposition est très bas ou inexistant, où le secret bancaire est très sévèrement encadré par la loi et où la collaboration d’échanges d’informations avec les autres pays est pratiquement inexistante. Les personnes ou entreprises qui utilisent les paradis fiscaux peuvent donc le faire pour déjouer les réglementations financières de leur pays d’origine ou encore pour échapper aux sanctions pénales qui leur seraient normalement imposées, et ce, en toute légalité. Alors que ceux-ci paieraient d’énormes montants d’argent en impôts aux États-Unis, par exemple, ils n’en paient presque pas, voire pas du tout, en plaçant leur argent dans un paradis fiscal, où le taux d’imposition est nul.

À titre d’exemple, on pourrait penser à l’île anglo-normande de Jersey, qui s’avère un des plus grands exportateurs de bananes au monde sans qu’une seule banane y pousse! Une statistique issue des miracles de la fiscalité moderne. Pourtant, cet exemple n’en est qu’un parmi tant d’autres. Les Îles Vierges britanniques, quant à elles, comptent plus de 450 000 entreprises pour une population inférieure à 300 000 habitants. Ces compagnies ne sont évidemment rien d’autre que des écrans et du papier, comme le mentionne Jean-François Cloutier. Les acteurs du crime organisé peuvent également bénéficier des paradis fiscaux en y cachant de l’argent pour être moins suspects aux yeux des autorités.

En tant que citoyen, on est en droit de se demander pourquoi le gouvernement peine à investir dans les services publics comme la santé et l’éducation quand d’aussi grosses sommes d’argent sont perdues dans les paradis fiscaux. De plus, comme vous l’aurez deviné, ces paradis fiscaux ne profitent pas à la classe moyenne, et encore moins à la classe pauvre, mais plutôt aux plus fortunés et aux entreprises qui ont les moyens de placer leur argent dans d’autres pays. À défaut de me répéter, je crois que vouloir alléger un problème majeur sans réellement faire d’efforts pour l’abolir complètement, c’est se mettre la tête dans le sable et contribuer volontairement aux problèmes économiques et sociaux de l’État. Supprimer les paradis fiscaux ne se fait toutefois pas en claquant des doigts. Comme ceux-ci sont légaux, les entreprises et les plus nantis peuvent facilement déplacer leur fortune ailleurs et se servir de cet argument pour faire pression sur le gouvernement, qui décide alors de ne pas trop les taxer, par crainte de conséquences économiques néfastes. Résultat : la classe moyenne écope en payant toujours et davantage pour les services publics.

Crédit photo : pixabay.com

https://www.journaldemontreal.com/2017/09/22/300-milliards-dargent-canadien-dans-les-paradis-fiscaux

https://www.lemonde.fr/economie/article/2013/06/10/les-bananes-de-jersey_3427100_3234.html

http://www.echecparadisfiscaux.ca/levez-le-voile/paradis-fiscal/

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