Charlotte a du fun, mais pas tout l’temps

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Les cinémas québécois accueillent sur leurs écrans le tout dernier film de Sophie Lorain, Charlotte a du fun, qui est en salle depuis le 2 mars dernier. Cette production audacieuse a de quoi surprendre.

Charlotte, interprétée par Marguerite Bouchard, est une jeune adolescente qui vit une peine d’amour. Son copain, avec qui elle est depuis plusieurs années, lui annonce que leur histoire est terminée. Désespérée, la jeune femme se tourne vers ses copines, avec qui elle vit sa peine sans retenue. Misérable, sans nouvelles de son ancien copain, elle ne se gave pas de crème glacée, des heures durant, assise sur un divan chic dans un condo décoré avec goût. Non. Elle sort dehors avec ses copines Mégane (Romane Denis) et Aube (Rose Adam) et crie sa douleur au parc, dans la rue. Les jours passent et les trois adolescentes partent à la recherche de leur premier emploi. Elles se font engager chez Jouet Dépôt, où elles tombent sous le charme des garçons qui y travaillent. Charlotte, bien décidée à ne plus être dépendante affective, explore sa liberté et multiplie les aventures.

Oser de diverses façons

La réalisatrice Sophie Lorain a fait plusieurs choix lorsqu’elle a décidé de travailler sur le texte de Catherine Léger. L’un de ceux-ci a été d’évacuer les adultes; elle voulait que les jeunes filles règlent leurs problèmes par elles-mêmes, et surtout éviter le ton moralisateur que la présence de parents, de patrons ou d’enseignants aurait pu apporter. Pour laisser toute la place aux paroles de l’auteure, elle a osé le noir et le blanc pour plusieurs raisons. Elle voulait éviter, tout d’abord, que l’œil du spectateur soit attiré, par exemple, sur le souvenir d’une partie de Monopoly en voyant la boîte de celui-ci trôner sur les tablettes derrière les acteurs. Ultimement, l’absence de couleurs apporte une touche de poésie de l’ordre de la fable, affirme-t-elle.

Les personnages pensés par l’auteure Catherine Léger ne sont pas des modèles à suivre, ne sont pas des bombes blondes, parfaites, belles à croquer. Non. Ce sont de belles jeunes filles saines qui règlent leurs problèmes elles-mêmes. Charlotte, Mégane et Aube incarnent, avec leur regard différent, leur personnalité éclatée, la vraie vie. Leur réalité est celle vécue par plusieurs jeunes filles de leur génération. C’était nécessaire de donner la parole à ces jeunes femmes qui en ont beaucoup à dire. Évidemment, le jeu des actrices contribue au succès du film et c’est certainement tributaire de la chimie qui s’est installée dès les premiers jours de tournage.

La sexualité, la sexualité, ça n’a pas de sexe, ça!

Il ne faut pas tomber dans le piège de croire qu’il s’agit de la vengeance du féminin sur le masculin, ce n’est pas le cas, ça aurait été trop facile. Même si le sujet n’est pas noble, celui de l’exploration de la sexualité des jeunes femmes, il y a tout de même une parole à prendre qui ose dénoncer le double standard. Pour les hommes, c’est tout à fait normal d’avoir plusieurs conquêtes, plusieurs partenaires, c’est même voulu, honorable, souhaité, alors que lorsqu’il s’agit d’éduquer les jeunes filles, on leur parle de prince charmant, de châteaux et de princesse nimbée d’amour. Il serait à propos de comprendre que l’adolescence est la période où les hormones sont dans le tapis, peu importe qu’il s’agisse de jeunes femmes ou de jeunes hommes. Tous sont confrontés aux défis que ça pose, même si ça implique un nombre pas toujours logique de partenaires sexuels.

La belle Charlotte et ses copines sont confrontées à plusieurs défis, mais elles arrivent à les relever tout en trouvant des réponses à leurs questionnements. Elles ne seront pas de nouvelles personnes à la suite de leurs expériences, ne seront pas complètement bouleversées, changées, mais elles auront appris beaucoup sur elles-mêmes, sur leurs limites et, ça, c’est important.

Vive l’adolescence! Vive l’adolescence libre!

Choisir de s’asseoir dans une salle de cinéma pour visionner le tout nouveau film québécois réalisé par Sophie Lorain Charlotte a du fun, c’est être disposé à entendre un discours différent de celui auquel on nous a habitués. C’est plonger dans un long-métrage tourné exclusivement en noir et blanc pour laisser toute la place au texte et surtout ne pas être envahi par l’orgie de couleurs présentes dans un magasin de jouets. Parce que oui, le propos de ce film est important, et non, il n’y a aucun adulte présent pour moraliser ou défendre un point de vue d’adulte. S’asseoir dans une salle pour visionner Charlotte a du fun, c’est vivifiant, et ça donne le goût de vivre à fond son adolescence sans remords.

Crédit photo de couverture : Films Québec

Révisé par : Katherine Marois

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