La coopération internationale : de l’aide pour soi-même ou pour les autres ?

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Coopération internationale

On parle souvent d’aide humanitaire, mais peu de coopération internationale. Ce premier terme, bien à la mode, évoque une aide d’urgence mise en place lors d’une situation de crise dans un pays en voie de développement. La coopération internationale, quant à elle, se définit comme étant une collaboration entre différents pays afin d’apporter un soutien mutuel. L’appui s’exerce de différentes manières et dans différents secteurs. On donne sans penser aux gens dans le besoin parce que la générosité est une valeur importante. Mais parfois, ce n’est pas ce qu’ils ont besoin…

Plusieurs organismes tels que Québec sans frontière (QSF) ou le Comité de Solidarité de Trois-Rivières (CS3R) permettent aux coopérants d’aller directement sur le terrain. Que ce soit dans les domaines de l’agriculture, la santé, la politique, les communications, etc., chacun peut y trouver son compte. Il y a plusieurs types de stages d’une durée variant de 20 jours à une année complète. Il est d’ailleurs possible de s’inscrire individuellement et de rejoindre un groupe, de faire un stage étudiant ainsi que de postuler pour un emploi rémunéré demandant de l’expérience dans certains domaines spécifiques. L’éventail est large. Là n’est pas le problème.

Une question bien importante se pose : l’aide est-elle adaptée aux réels besoins ? Nous partons souvent de notre propre désir d’aider et de se rendre utile. À la suite de différents évènements, les villages haïtiens dévastés par les tremblements de terre, la corruption au Venezuela ou bien encore les blessés de guerre en Afghanistan, nous avons pitié. Et c’est cette pitié qui est souvent mal dirigée.

Loin de moi l’idée de minimiser la gravité de la situation. Je me demande seulement jusqu’où notre sympathie nous force à voir le malheur là où il n’y en a pas. À la suite de l’un de mes voyages en Haïti récemment, c’est cette conclusion qui m’a frappée de plein fouet. Je suis allée travailler dans les écoles primaires d’un petit village magnifique. Les gens y vivent dans une extrême pauvreté sans même s’en rendre compte ! Pour eux, c’est la réalité puisqu’ils ne connaissent rien d’autre. Mais, ils sont tout à fait heureux.

Et nous, les Canadiens, débarquons avec une tonne de matériel à prêter. Les ballons colorés, les crayons et les cordes à danser ont intrigué plusieurs jeunes enfants lors de notre arrivée. Ces derniers ne comprenaient pas l’utilité de tout cela et les regards songeurs étaient nombreux. Une fois le principe compris, les enfants ont utilisé le matériel à plusieurs reprises durant notre séjour. Ils ont tellement adoré avoir ces nouveaux jouets que maintenant, chaque fois qu’un Canadien (un blanco, diraient-ils) arrive dans le village, les enfants s’agrippent après lui sans le lâcher. Ces petits bouts de chou ont en tête qu’ils recevront de nouveaux jouets, ce qui n’est pas toujours le cas. Ils passent ainsi leurs journées à nous suivre en attendant. Nous avons créé une dépendance qui n’a pas lieu d’être.

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Crédit photo : Marie-Andrée Lavoie

Certains diront qu’à ce problème, la solution est de laisser les jouets aux enfants. Après plusieurs jours, semaines, voire des mois, qui remplacera le ballon éclaté ou la corde à danser perdue? Il n’y a aucun magasin où l’on peut acheter toutes ces choses. Ni personne qui sait comment les fabriquer.

C’est le même phénomène qui se produit avec les dons monétaires. On donne de l’argent, car c’est si facile de rester assis dans son salon et de se féliciter pour notre « bonne action ». Mais combien de fois avons-nous entendu dire que les villageois eux-mêmes ne voient même pas l’argent passer ? Il y a un problème quelque part.

Un proverbe chinois dit : « Lorsqu’un homme a faim, plutôt lui apprendre à pêcher que lui donner un poisson. » On doit se déplacer et aller sur le terrain. Apprendre plutôt que donner. Il faut le vivre pour le comprendre, car c’est l’expérience la plus enrichissante qui soit!

Avant d’entreprendre un tel projet, il est nécessaire de se demander réellement ce que la population locale a réellement besoin. Étudier les contextes sociaux, économiques et politiques ainsi qu’analyser les caractéristiques de l’endroit sont des démarches cruciales dans la préparation d’une mission humanitaire. Les organismes de coopération internationale et d’aide humanitaire arrivent de mieux en mieux à réussir leur mission. Il s’agit seulement de conserver en mémoire ses objectifs et nous pourrons, ainsi, arriver à améliorer collectivement les choses petit à petit.

Texte révisé par Louis-Alexis Couture.

Crédit photo de l’image de couverture : Marie-Andrée Lavoie

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