J’ai lu pour vous : Tous nos jours parfaits de Jennifer Niven

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Tous nos jours parfaits de Jennifer Niven ne m’est pas tombé entre les mains par hasard. J’ai entrepris, pour mon mémoire de maîtrise, de rassembler les livres qui abordaient le thème du suicide dans la littérature. En fait, je m’intéresse plus précisément à la voix du survivant, celui d’un proche décédé par suicide. C’est donc avec une longue liste que je me suis présentée à la librairie et celui-ci était le seul disponible, là, sur les tablettes. Vous dire que je l’ai abordé avec un œil confiant serait mentir. Sa couverture bleue, trop ado à mon goût, ne m’inspirait pas confiance, ni la multitude de post-it qui la recouvrait. J’ai, je dois l’avouer, eu peur de tomber dans une histoire à l’eau de rose.

Facture en main, je me suis dirigée vers ma voiture et, comme j’ai l’habitude de le faire, j’ai commencé à feuilleter l’ouvrage acquis. J’ai ouvert la première page, tourné la seconde, puis la troisième et ainsi de suite jusqu’à ne plus me souvenir que j’étais assise dans ma voiture. J’ai plongé dans l’univers de Niven, puis, malgré moi, je me suis laissée emporter par l’intrigue et je n’ai pu m’en détacher avant de l’avoir parcouru d’une couverture à l’autre.

D’emblée, on rencontre Théodore Finch et Violet Markey, tous deux réunis, prêts à se donner la mort. Ils se connaissent, de vue, et ne s’aiment pas particulièrement, mais le destin a décidé de les unir en de hautes altitudes. Finch et Violet sont, il faut l’avouer, un couple improbable. Évidemment, leur souffrance va se rencontrer et les transformer pour toujours. Elle, la jeune fille la plus populaire de l’école et lui, le « fêlé » de service, se retrouvent en haut du clocher. Leur intention est la même, en finir avec la souffrance. Cette rencontre, bien plus que factuelle, permettra à ces deux êtres que tout semble opposer d’exposer une partie de leur vérité. Puis, la proximité s’installe, surprend, mais déboulonne toutes les espérances.

Finch, ce jour-là, va sauver Violet et même si le journal et l’école clament que Violet est l’héroïne, tous deux le savent. Ce dont ils étaient loin de se douter, par contre, c’est que Finch réussirait à la faire sourire à nouveau. Violet a perdu sa sœur dans un accident de voiture survenu l’année dernière et elle n’y arrive plus. Happée par toute sorte de frayeurs elle peine à avancer. Finch, pour sa part, est affublé d’une histoire familiale peu reluisante et semble souffrir de dépression.

Intrigué par cette jeune fille qui sort de l’ordinaire, il va tout faire pour se retrouver en équipe avec elle pour un exposé de géographie. Ce travail les mènera à travers leur Indiana natal à la découverte de ses secrets et de lieux inédits. Une épopée débute et bien malgré elle, Violet va se laisser entraîner par ce jeune homme, qui, ultimement, réussira à lui faire retrouver le sourire. La quête initiatique de ces deux jeunes qui cherchent comment survivre les mène, aussi, à affronter leur entourage qui, nécessairement, jouera un rôle important et qui, dans certains cas, échouera lamentablement.

Construit comme un journal intime qui oblige le « je », Théodore et Violet, partagerons tour à tour leur histoire et l’impact qu’elle a sur eux. Cette alternance permet au lecteur de bien saisir la personnalité des deux protagonistes et de comprendre ce qui les fait vivre ou pas. Cependant, la véritable puissance de cette quête n’est dévoilée qu’à la toute fin de l’œuvre, et le chemin parcouru est immense et certainement pas vain.

La plume de Niven est simple et attachante, parfois même discrète. Elle ne fouille pas indûment l’intimité, mais exprime tout de même ce qu’est le mal-être et l’impossible. Suivre Théodore Finch, c’est vouloir vivre, revivre et se lancer dans la découverte de soi et de son environnement. Regarder le monde à travers ses yeux c’est voir le beau partout, mais ne pas oser continuer. Accompagner Violet, c’est trouver la voie vers un renouvellement de soi, conscient d’être passé par là, mais aussi conscient d’être arrivé ailleurs.

Vous dire que je n’ai pas versé à quelques reprises des larmes serait encore ici mentir. Vous dire que j’ai hésité, convaincue que le vacarme attirerait l’attention, avant de lancer l’ouvrage à travers la pièce serait aussi m’inventer des histoires, mais tout ça n’est-il pas justement la confirmation que l’auteur a atteint sa cible? Et cette cible, je vous laisse le découvrir, l’auteure la connaît. Celle qui rédige cette histoire sensible en sait quelque chose à propos d’être une survivante. Plongez dans cet univers, dépêchez-vous avant qu’un réalisateur ne vous impose sa propre vision, car il sera porté à l’écran en 2018.

Crédit photo de la bannière : Josée Ratté

Révisé par Andréanne Tremblay

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