Le roi du Saguenay

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Connu par plusieurs pour sa bataille juridique pour conserver le droit de réciter sa prière à l’hôtel de ville et pour son accent saguenéen, le maire Jean Tremblay a tout récemment fait parler de lui avec sa déclaration invitant les syndicats et les travailleurs à se mobiliser « contre Greenpeace et les intellectuels de ce monde ». Toutefois, ce n’est pas la première fois que le politicien fait bondir les Saguenéens, surtout avec l’arrivée d’une opposition aux dernières élections.

Comment se débarrasser de l’opposition, par Jean Tremblay

Maire de Chicoutimi depuis 1997 et de Saguenay depuis 2001, Jean Tremblay n’avait connu pratiquement aucune opposition au Conseil municipal jusqu’aux dernières élections en novembre 2013. Son appui de la population, jusqu’ici inébranlable, en avait d’ailleurs subi un léger coup et continuera de souffrir si on se fie à ses récentes bourdes.

Une guerre est ouvertement déclarée entre le premier magistrat et les conseillères Christine Boivin et Josée Néron de l’Équipe du Renouveau Démocratique (ERD). D’ailleurs, on prétend que plusieurs rencontres secrètes se tiennent entre certains conseillers municipaux du cabinet du maire et un ami de ce dernier, desquelles sont exclus les élus indépendants et l’opposition. Avec son habituel franc-parler, Jean Tremblay se défend en disant : « Je ne sais pas de quoi vous vous mêlez. […] Nous autres, on invite des gens qui veulent faire avancer pis je peux travailler comme je veux ».

Les conseillers moins appréciés du maire n’ont d’ailleurs pas pu consulter le budget avant son adoption en décembre, alors qu’ils auraient dû, en principe, le voir deux semaines avant. Lors de l’adoption de ce même budget, on a annoncé que les fonds alloués à l’ERD étaient abolis. En réponse à cette action, il répond : « Non, pas une cenne pour l’opposition. J’aurais eu le droit de leur en donner, mais ça ne me le dit pas. » De plus, les deux conseillères et les trois employés du parti ont été évincés de leurs locaux appartenant à la municipalité. À de nombreuses reprises, le maire a tenu des propos diffamatoires à l’égard des élues Christine Boivin et Josée Néron et, malgré les demandes de celles-ci, a refusé fermement de s’excuser à chaque fois.

Propagande politique

Dernièrement, la ville a dépensé 59 000 $ en publicité. Ces annonces vantent le travail de l’administration. Elles clament que Saguenay est la ville la mieux gérée du Québec et affirment que la charge fiscale y est plus basse que dans les plus grandes villes québécoises, et ce, tout juste après une hausse des taxes des citoyens. Ses opposants à la mairie considèrent ces publicités comme une propagande trompeuse.

Autres déclarations douteuses

Récemment, nous avons pu entendre le maire de Saguenay demander aux syndicats et aux travailleurs de se mobiliser « contre Greenpeace et les intellectuels de ce monde » à la suite d’une perte de contrat de Produits forestiers Résolu, dont une papetière importante se situe à Jonquière. Vous pouvez visionner la vidéo hautement dramatique:

Cet été, Jean Tremblay, en réponse à l’accident de vélo de Sylvain Gaudreault, ancien ministre des Transports, a déclaré que « si on avait eu de l’argent pour réparer les rangs, comme on le lui a demandé, ça lui aurait peut-être donné une chance ». Ses propos ont été fortement condamnés par les parlementaires de l’Assemblée nationale.

Quelques jours plus tard, le maire a déclaré : « Je rencontre tous ces journalistes, tous ces athées partout et à toutes les fois que je me présente, avant d’arriver, je me dis qu’ils ne savent rien, et en partant, je me dis que c’est encore pire que ce que je pensais. Des cruches. Ils ne savent rien. Tu essaies de discuter avec ça, avec les animateurs de la radio et de la télévision, ils en font un combat ». D’ailleurs, il semblerait que Jean Tremblay ne se gêne pas pour se plaindre lorsque les articles sur lui ne lui plaisent pas et qu’il n’hésite pas à utiliser des techniques de chantage et d’intimidation.

Ce n’était pas la première fois que le politicien s’en prenait aux journalistes, puisqu’en 2010, il a boycotté Radio-Canada sous prétexte que la société d’État jouait un rôle d’opposition à l’hôtel de ville et que les citoyens, n’ayant pas élu de membre d’opposition, n’en voulaient pas. La Fédération professionnelle des journalistes du Québec s’est indignée de cet acte de contrôle de l’information et a rédigé une lettre à son endroit que vous pouvez lire ici : http://www.fpjq.org/le-maire-jean-tremblay-doit-cesser-de-boycotter-radio-canada-2/.

Sur une note plus légère, le premier magistrat de Saguenay a bien fait rire lorsqu’il a proclamé, sur son compte Twitter, que le diable était le véritable responsable de l’attentat du Charlie Hebdo.

Avec un effort de propagande, un contrôle de l’information et une haine inébranlable de l’opposition, les liens se font de plus en plus entre le comportement de Jean Tremblay et celui d’un véritable dictateur. Ce qui est désolant, c’est que dans une grande ville comme Montréal, de telles violations à la démocratie auraient été critiquées beaucoup plus vivement. Lorsque ça se passe loin de nous, on en rit simplement et on laisse les choses comme elles sont.

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