Le talent dans son imperfection : critique du film Giacometti – Portrait final

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Réalisé par Stanley Tucci, le film Giacometti – Portrait final est présenté conjointement avec l’exposition d’Alberto Giacometti au Musée national des beaux-arts du Québec du 30 mars au 13 mai prochain.

Le film s’échelonne sur environ quatorze jours, durant lesquels le célèbre peintre tente de faire le portrait du passionné d’art et écrivain américain James Lord (Armie Hammer). Celui-ci étant de passage à Paris, il accepte sans savoir que le perfectionnisme de Giacometti lui fera repousser constamment sa date de retour à la maison. Dès son entrée en jeu, on constate la frappante ressemblance entre l’artiste et Geoffrey Rush, l’acteur qui l’interprète.

Entre les scènes répétitives et les couleurs ternes des images, une certaine harmonie réussit tout de même à s’imposer au fil du film. C’est que je dois avouer avoir ressenti au début de la projection une petite irritation face à ces scènes routinières qui me donnaient l’impression que le film serait d’un grand ennui. Les touches d’humour dans les dialogues et le franc-parler des personnages m’ont heureusement fait comprendre que j’avais tort. C’est que la répétition de ces scènes est essentielle pour entrer dans l’univers d’Alberto Giacometti.

Rapidement s’installe une valse entre l’amour qu’il porte à la relation avec sa femme Annette (Sylvie Testud) et pour celle avec Caroline (Clémence Poésy), une jeune escorte dont il est amoureux depuis trois ans. D’un côté, l’affection et le dévouement  que lui porte Annette l’amène dans un amour sécurisant, mais l’air candide et la jeunesse de Caroline le fait plonger dans un amour passionnel empreint d’une douce naïveté.

Bien que l’œuvre cinématographique est un hommage à Giacometti, l’image que l’on dresse de lui est juste et ses côté sombres sont exposés. En ressort donc sa relation avec l’alcool et ses pensées pour le moins douteuses, comme celle où le soir pour s’endormir, il s’imagine en train de violer puis tuer deux femmes. Blague maladroite ou tentative d’exprimer ce qui se cache derrière son processus créatif? Quoi qu’il en soit, le terme « artiste incompris » lui colle parfaitement. Pendant ce temps, James Lord attend patiemment la fin de son portrait, mais Giacometti est mécontent des coups de pinceaux qu’il donne et le tout est constamment à recommencer. Avec ce rituel d’insatisfaction, le mal de vivre de cet artiste suisse est très bien exposé.

Giacometti disait toujours qu’une œuvre n’est jamais complètement terminée. En m’inspirant de cela, et de par le film, j’en viens à me demander si la véritable œuvre n’est pas la pièce comme tel, mais bien la façon dont le processus créatif a été nourri.

 

Crédit photo de couverture : New York Times

Révisé par : Katherine Marois

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