L’effet pervers du pouvoir social : l’avenir d’Apu incertain

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Accusé d’être un messager de stéréotypes forts prégnants envers la communauté indienne, Apu, ce personnage adulé et adoré de la populaire émission Les Simpson, pourrait ne pas présent pour la prochaine saison. Cette controverse, orchestrée par le documentaire The problem with Apu, dure depuis maintenant plus d’un an. 20th Century Fox souhaite faire taire la polémique en retirant Apu et sa famille de la série Les Simpson. Ce geste — pourtant d’allure banale — suscite un débat sur des valeurs sociétales : la liberté d’expression et les préjugés à l’égard de minorités ethniques.

La liberté d’expression d’artisans de l’humour est mise à rude épreuve. Cette émission satirique caricature pratiquement toutes les communautés religieuses, ethniques et homosexuelles. Les Simpson décrient davantage les problèmes sociétaux des États-Unis comme l’obésité, les problèmes du système scolaire, etc. Cette émission ridiculise sa propre culture. Homer Simpson, personnage ayant un surplus de poids et reconnu comme étant une personne sotte, est l’une des caricatures de la société américaine. Écouter cette émission, c’est avant tout accepter l’autodérision. Selon une étude menée par Jorge Torres Marín et ses coéquipiers, « rire de soi n’est pas se rabaisser ». Cela permet, au contraire, de rire des stéréotypes et des préjugés lancés à notre égard, d’augmenter la sociabilité et d’apprendre à rire de soi.

L’éradication d’Apu, résultant d’une censure, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Ce genre de polémique entourant une communauté peut se retrouver aussi dans les spectacles d’humour. Cette censure perturbe la créativité des artistes. C’est ce que croit François Tousignant, jeune humoriste de la relève, lorsqu’il décrit l’humour québécois. Il stipule qu’« il y a un manque d’audace. Les humoristes craignent de choquer, de se faire critiquer, de se faire poursuivre. Finalement, on finit par se restreindre et se censurer ». Les artisans de l’humour du Québec notamment doivent faire attention à leurs blagues par peur de subir des poursuites en justice.

Mais où est la limite de la liberté d’expression? Dans le Monde, on retrouve une définition de la liberté d’expression.

  La liberté d’expression ne permet pas d’appeler publiquement à la mort d’autrui, ni de faire l’apologie de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, ni d’appeler à la haine contre un groupe ethnique ou national donné. On ne peut pas non plus user de la liberté d’expression pour appeler à la haine ou à la violence envers un sexe, une orientation sexuelle ou un handicap.

Dans le domaine de l’humour, on doit comprendre les limites de la liberté d’expression. Selon le tribunal de grande instance de Paris : « La liberté d’expression autorise un auteur à forcer les traits et à altérer la personnalité de celui qu’elle représente, et qu’il existe un droit à l’irrespect et à l’insolence ». On constate alors dans la communauté artistique une perte de pouvoir de la liberté d’expression au bénéfice des minorités qui y sont représentées. Cela soulève des questions sur le réel pouvoir des minorités culturelles, sur les artisans de la liberté d’expression, mais aussi sur les autorités gouvernementales.

N’oublions pas que la représentation des minorités est cruciale sans quoi les idées populistes l’emporteraient toujours. Cette représentation amène une diversité d’opinion, d’échanges et d’apprentissage mutuelle entre les différentes cultures. Au Canada, cela se concrétise par différents accommodements comme, par exemple, l’exemption du port de casque pour la communauté sikhe en Alberta.

En somme, les artisans de l’humour fléchissent-ils sous le joug des opinions des minorités? En quelque sorte, oui. C’est ce que Tocqueville surnomme le pouvoir social. Cette théorie forte intéressante explique que l’avènement des médias sociaux et le web modifient les rapports de force entre les autorités et le peuple. La presse et les médias forment jusqu’à ce jour le quatrième pouvoir. Tocqueville avait déjà diagnostiqué un cinquième pouvoir : le pouvoir social. Ce dernier se traduit par la prépondérance d’idées véhiculées sur les médias sociaux dans laquelle l’opinion des minorités y est exprimée, regroupée et partagée. Cependant, Tocqueville nous prévient que ce concept amène des effets potentiels inattendus, allant jusqu’à dire que le pouvoir social pouvait provoquer une certaine « tyrannie de la minorité », tyrannie qui pourrait être la cause de l’éradication d’Apu des Simpson.

Sources :

https://www.nouvelles-du-monde.com/accuse-detre-raciste-le-personnage-dapu-est-retire-des-simpson/

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/14/de-charlie-a-dieudonne-jusqu-ou-va-la-liberte-d-expression_4555180_4355770.html

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/534868/le-cinquieme-pouvoir-et-la-liberte-des-createurs

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/684380/humour-politique-quebec

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1092320/sikh-alberta-casque-moto-exemption-turban

http://www.sympatico.ca/actualites/decouvertes/sante/autoderision-signe-bien-etre-psychologique-1.3715032

http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/les-simpson-le-personnage-d-apu-supprime-pour-faire-taire-la-polemique_40cf54f8-db73-11e8-ba30-3ab75dcee0d5/

 

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