Les Jeux Paralympiques de Rio 2016 vécus de l’intérieur

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Les Jeux Paralympiques de Rio 2016

Cinq, quatre, trois, deux, un, GO ! Le tintement des dernières secondes avant le départ se fait encore entendre.

Il y a déjà trois semaines de cela, je me retrouvais au beau milieu d’un rassemblement quadriennal de quatre mille cinq cents athlètes venus de partout dans le monde afin de disputer les honneurs de mille cinq cent cinquante-neuf bouts de métal répartis en trois couleurs distinctes : bronze, argent et or. Les Jeux Paralympiques de Rio 2016 furent un succès, malgré les pépins et inquiétudes rapportés par les médias avant que l’événement ait lieu.

Au terme d’un second camp d’entraînement sur le vélodrome neuf de Milton en Ontario, la confiance s’était confortablement installée et laissait entrevoir la possibilité de belles performances. Le jour venu, c’est ce qui est arrivé. Le résultat n’est que l’aboutissement d’un processus qui a commencé lorsque j’ai retiré de mon cou la médaille obtenue aux Jeux Paralympiques de Londres en 2012 et que j’avais à nouveau envie de goûter à cette victoire. Nutrition, préparation physique, préparation mentale, physiothérapie ; tous les intervenants ont joué un rôle clé dans ces performances au cours des dernières années et il était maintenant temps pour moi de récolter le fruit de mes efforts.Les Jeux Paralympiques de Rio 2016Cette course, la poursuite individuelle, dure douze tours, soit trois kilomètres. Mon entraîneur et moi avions fixé un objectif de temps, que j’étais à moins de deux secondes de réaliser. Même en ayant obtenu le temps visé, celui-ci ne m’aurait pas permis de me qualifier pour les finales. Néanmoins, j’ai pu établir une nouvelle marque personnelle, signe que la progression se fait toujours, même après huit ans de sport de haute performance, lorsque certains athlètes commencent à plafonner.

Beaucoup de temps et d’énergie ont été investis dans cette course. Heureusement, lors du camp à Milton, j’ai eu la chance, le temps d’une journée, de prétendre être aux Jeux afin de tester ma routine de préparation. Massage de préparation, échauffement général sur vélo, échauffement spécifique, électro-stimulateur pour garder les muscles éveillés et prêts, se rendre à la ligne de départ… Le reste est une bataille qui se joue dans la tête et qui se gagne sur la piste. J’ai utilisé la même préparation pour la course contre-la-montre, qui est la course pour laquelle j’étais ciblée comme ayant une chance de médaille en raison de mon ratio w/kg[1].

Le parcours, plat comme une crêpe, offrait une belle vue sur l’océan. Évidemment, le vent était de la partie pour compliquer un peu la tâche à accomplir. J’avais la chance d’être suivie par Éric, mon entraîneur, qui avait pour mission de m’avertir par radio des différents temps de passage et autres directives. Tout au long de la course, qui totalisait vingt kilomètres, il ne m’a pas dit grand-chose, ce qui est signe que j’étais exactement dans la zone ou je devais me trouver. Concentration et efficacité mécanique. Une fois la course terminée, je suis allée m’effondrer sur le terre-plein central en attendant que l’on m’apporte une serviette préalablement trempée dans un grand bac d’eau glacée. Ce n’est qu’une fois assise que la pression des derniers mois, des dernières années, a libéré mes épaules de son poids. Il ne restait que la course sur route.

Cette course, c’est ma bête noire. Pas que je doute de mes capacités mais je n’ai jamais été totalement confortable lorsque je n’ai pas le contrôle et que je me trouve entourée de personnes. Alors, dans un peloton qui se déplace à une vitesse approximative de trente-deux à trente-huit kilomètre par heure, un paquet d’imprévus peuvent se produire. Or, la première partie de la course se déroulait sur le parcours du contre-la-montre. La deuxième partie, par contre, se passait en montagne ; deux belles montées de plus d’un kilomètre, avec un dénivelé moyen frisant le neuf degrés. Dans ma tête, c’était clair que l’endroit à être pour pouvoir monter à un rythme qui me serait confortable, c’était à l’avant du peloton, ce que, par réflexe, je n’avais pas l’habitude de mettre en pratique.Les Jeux Paralympiques de Rio 2016Une fois le départ donné, je me suis tout de suite retrouvée à l’avant. Voilà qui devrait faciliter mon travail. Ce à quoi je ne m’attendais vraiment pas, c’est de me retrouver en échappée. Une fois. Deux fois ! Soit que j’attendais de me faire reprendre par le peloton à nouveau, soit j’explorais pour voir à quel point je pouvais m’échapper. J’ai choisi cette seconde option et me suis retrouvée jusqu’à une minute trente à l’avant, avec une chinoise comme partenaire d’échappée. Évidemment, une fois rendue dans la portion en montagne, le peloton nous a dépassées et j’ai terminé la course en dernière position. Mais le seul fait d’avoir pu vivre cette expérience est un souvenir qui va rester gravé dans ma mémoire et j’ai bien hâte d’avoir l’occasion de tenter la manœuvre à nouveau.

Je suis partie de Rio sans médaille mais avec la satisfaction du devoir accompli. Il n’y a malheureusement pas eu de temps pour visiter mais j’ai pu avoir un aperçu des favelas, de voir autant la richesse que la pauvreté mais surtout d’expérimenter l’accueil chaleureux d’un peuple qui était malgré tout content de nous recevoir.

Texte écrit par Marie-Claude Molnar

Texte corrigé par Maryse Robert.

[1] Le ratio watts par kilogramme est l’un des indicateurs utilisés en aérodynamisme.

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Commentaire

  • Tu es une bonne raconteuse et une très grande athlète ! Je crois sincèrement que tu as fait tous les bons choix. Surtout pour la course sur route. En montagne, les muscles sont pesants, alors l’idée de te pointer en avant au début de la section montagneuse te permettait d’avoir une chance de faire jeu égal avec des athlètes qui ont une morphologie plus longiligne. Malheureusement, elles t’ont rejoint et tu as probablement dû payer les efforts de l’échappée. Mais tu as tenté quelque chose qui correspondait à tes aptitudes pour ce genre de parcours, alors tu peux être très fière de toi !

    Bruno Gagnon 13 octobre 2016 09:22 Répondre

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