Magtogoek ou le chemin qui marche : une traversée du Québec avec Boucar Diouf

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Boucar Diouf réussit le pari de joindre l’instructif à l’humour dans son dernier spectacle. Magtogoek ou le chemin qui marche était présenté le 12 avril dernier au Grand Théâtre de Québec devant un public conquis par la convivialité de l’humoriste. Dans un voyage le long du fleuve Saint-Laurent, les spectateurs sont portés d’une région à l’autre du Québec.

 Le parcours immigrant de Boucar Diouf lui permet d’adopter un point de vue à la fois instructif et humoristique sur les us et coutumes au Québec. Il est à la fois attendrissant et amusant pour le public d’entendre le récit d’une personne qui a si bien su s’adapter à la culture québécoise. De Gaspé à Miguasha, en passant par Tadoussac jusqu’à Montréal, Boucar raconte son histoire au pays depuis les 26 dernières années.

Baigner en permanence dans la même culture fait parfois en sorte qu’il est difficile de s’imaginer à quel point les immigrants peuvent vivre un choc important en arrivant dans un nouveau pays. Cela empêche surtout de voir à quel point des gestes et des paroles quotidiennes peuvent sembler ambiguës pour un nouveau venu. Cela ne manque pas de créer des situations cocasses. Difficile de ne pas admirer la qualité adaptative du conteur lorsqu’il exprime, par exemple, les différents emplois du mot « envoye ». Tout réside dans le ton afin de comprendre le sens de ce mot utilisé dans une foule de contextes différents, peut-on prendre conscience.

L’influence du Saint-Laurent

Il aborde le sujet des mots propres à la culture québécoise. Difficile de le nier, l’environnement maritime influence bien le vocabulaire canadien français. Cette langue imagée permet de dépeindre des périodes où la poésie donne un recul éclairant.

Faisant référence aux paroles de son beau-père, il décrit comment il a réussi à donner un sens à l’adolescence de son fils. Tel un phare pour son enfant, le parent doit accepter de ne plus être le « bateau amiral » de son enfant. Pour apprendre à avancer seul, chacun doit se mouiller pour faire face aux épreuves. L’humoriste partage ainsi l’apaisement que lui procure le contact qu’il a avec la culture du pays qu’il a adopté.

Des ressources précieuses

Le spectacle est ponctué de chants reflétant les origines sénégalaises de l’humoriste, mais aussi inspiré des intonations quasi orientales de l’accent québécois. Des chansons à répondre ont également fait rire et participer le public enthousiaste. L’une d’elles entraine les spectateurs dans la tradition amérindienne. S’adressant à un chef mécontent et inquiet du sort réservé aux ressources du territoire, Boucar fait réfléchir l’auditoire à la commercialisation des richesses du fleuve.

Sans pouvoir passer à côté des enjeux environnementaux actuels, il aborde le sujet de l’eau à la fois précieuse, mais aussi facteur de transformation du territoire à cause de la montée des eaux. Il parle aussi de la pollution des rivières, comme celle de la Yamaska. Pour donner une idée de l’état des eaux, il décrit le regard d’un poisson qu’il a pêché semblant indiquer la satisfaction de quitter un environnement si altéré.

Le spectacle se termine sur un message d’espoir pour l’avenir. Confiant à l’égard de sa terre d’accueil, Boucar amène son public à prendre conscience de la richesse des Québécois, qui progresse encore aujourd’hui. Un sentiment d’union festive touche les gens dans la salle lorsque l’humoriste les fait chanter sur un rythme festif à la fin du spectacle.

 

Crédit photo de couverture : Grand Théâtre

Révisé par Katherine Marois

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ACTUALITÉ · CULTURE

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