Marcher pour s’évader

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D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais marché pour aller à l’école. Le célèbre autobus jaune m’a soigneusement transportée tout au long de mon primaire et l’autobus de ville l’a remplacé dès mon entrée au secondaire. La marche était donc pour moi une activité qui ne servait qu’à se déplacer dans les centres commerciaux et la meilleure manière pour pousser la tondeuse à gazon. J’avais une voiture au cégep, ce qui a grandement facilité mes déplacements.

Mais le mois d’aout 2014 s’avoua révolutionnaire pour moi, consommatrice de pétrole. Pour la première fois de ma vie, je devais utiliser mes jambes pour tous mes déplacements, puisque j’étais nouvellement étudiante dans une ville adoptive.

Heureusement, j’avais pris soin de louer un appartement près du campus. Enfin, c’est ce que je croyais.

La distance à effectuer en voiture et à pied a beau être la même, elle semble toujours relativement longue à pied lorsqu’on est habitué à l’automobile.

C’est donc avec paresse et frustration que j’ai entamé mes premiers jours de cours, marchant près de 30 minutes pour aller à l’école et, évidemment, le même temps pour revenir dans mon petit appartement.

Je me rappelle de ces moments à chialer intérieurement par rapport au fait que je devais encore marcher tellement longtemps avant d’arriver dans mon chez-moi. Je pensais à quel point j’allais avoir chaud en ce début septembre et à quel point c’était inconfortablement malaisant de traverser une rue bondée, et ce, même si l’automobiliste te fait signe de passer.

Chaque jour, j’étais près de l’agonie (ou presque).

Trois semaines passèrent et je détestais toujours autant ce moment de ma journée. Et l’hiver c’était encore pire : la «slush», les rues non-déneigées, les automobilistes pressés qui t’éclaboussent de neige mouillée et brune, que de joie! Sans oublier la sueur inconfortable en raison du brusque changement de température entre l’extérieur et l’intérieur après avoir passé 30 minutes à marcher comme une forcenée pour me réchauffer.

Un jour, pour une raison dont je ne me souviens plus, je me suis retrouvée avec une voiture dans le stationnement de mon bloc à appartements. C’était celle que j’utilisais pour aller au cégep et que j’aimais tant. Une voiture qui me procurait l’engouement que procurent toutes les voitures manuelles à leurs conducteurs.

Et à mon grand étonnement, je n’ai pas touché à cette voiture pendant ces trois semaines à ma disposition.

Quand je suis revenue chez mes parents pour le temps des fêtes, je me suis surprise à revenir d’une soirée en marchant, même si la marche était d’une heure. Soudainement, aller chercher le courrier pour mes parents et marcher jusqu’à la maison d’une amie n’était plus un moment désagréable pour moi.

Je me suis rendue compte que chaque jour passé dans cette ville où l’utilisation de la voiture est nécessaire en raison de l’éloignement des commerces, il me manquait quelque chose, c’était la marche.

J’étais tellement habituée à maximiser mes déplacements et à profiter de ces précieuses minutes de marches quotidiennes pour penser à plein de trucs, en écoutant ma musique et en regardant avec amusement les automobilistes frustrés d’être coincés dans le trafic, que ça me manquait.

C’est ainsi que j’ai mis dernière moi toutes ces conversations sur la hausse du prix de l’essence ou à propos du coût d’une réparation. C’est aussi comme ça que j’ai arrêté de craindre les sirènes de police et l’hypocrite glace noire.

Et plus le temps avançait, plus je me rendais compte que finalement, c’était agréable de marcher. C’était aussi moins dangereux et, surtout, moins coûteux.

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