Mon Québec

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Ça fait bizarre de grandir, bizarre de le reconnaître, mais tout en le reconnaissant, on fait semblant car c’est le meilleur moyen de sentir encore la protection et l’amour de ceux qui nous entoure.

Quand j’ai vu le ciel du Québec pour la première fois, j’ai réalisé qu’après 20 ans d’existence sur Terre, je vais enfin grandir. Je vais cesser d’être la «dada Anna», surnom que mon père me donnait affectueusement en m’appelant grande sœur. À la fois peinée de quitter ma vie de toujours, mais également enthousiaste à l’idée de commencer une nouvelle aventure.

Voici mon Québec, la grandeur du Québec commence dans l’avion, son français également…

Crédit photo : Malika Schneider

Crédit photo : Malika Schneider

« Madame tu veux-tu un jus ou de l’eau ? » La première phrase que l’on m’ait dite. Je feins de ne rien comprendre et soudain, je deviens anglophone. Non pas, parce que je ne connais pas la langue, mais parce que c’est plus facile à comprendre que le français canadien.

Je suis arrivée en plein hiver. Quel changement ! J’avais la sensation de ne rien porter sur mes épaules. Avec seulement un manteau d’automne sur le dos, je réalise que c’est ce qu’on appelle l’hiver, le fameux hiver canadien.

À Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, où la température varie entre 30° et 35°C, tu as l’impression que Dieu te punie face à un tel changement climatique. Le plus difficile, c’est l’adaptation de l’organisme face au décalage horaire de 5 heures qui s’effectue durant la journée de voyage.

Je fais sans cesse la rencontre de gens sympathiques et très ouverts.  J’ai l’impression d’être dans un royaume où je me sens sourde, comme la sensation de ne rien entendre. Les québécois parlent avec une vitesse remarquable. Heureusement, j’ai une interprète, ma sœur qui vit ici depuis 2 ans. Elle peut répondre aux questions du genre « tu viens-tu de l’Afrique ? » ; oui madame!

Passionnée de la communication, je me suis dit autant suivre les nouvelles, car pour mieux connaître une ville, il faut connaître ses journalistes. Il reste que les professionnels des médias parlent si vite que j’en suis sidérée. Mais je ne désespère pas, je continue de regarder jusqu’à la fin les bulletins d’informations.

Le lendemain sera mon jour de chance. L’émission tant attendue est animée par Denis Levesque. Je le comprends plutôt bien, mais plusieurs incompréhensions surviennent encore.

La barrière de la langue 

C’est un grand changement pour moi ce français canadien. Au fur et à mesure que je suis les médias, je me rapproche de la langue.

Mais il me faut une solution radicale, car la session débute bientôt et je suis convaincue que les enseignants parlent aussi vite que les journalistes. Je me rends sur YouTube, je pars à la recherche de vidéos pour mieux comprendre ce fameux français «québécois» et pourquoi pas l’adapter pour moi. J’ai trouvé les vidéos d’une canadienne qui réside en France. Cette dernière a créé « le Québécois pour les nuls ».

À présent, je suis prête pour la rentrée. Bien préparée avec le visionnement de mes vidéos YouTube, le professeur entre et présente sa matière. J’ai l’impression de suivre un film sous-titré mais le sous-titrage se passe dans ma tête.  Ce n’est pas si pire, je m’étais faite à l’idée de ne rien comprendre, mais je suis satisfaite.

Nouveau continent, nouveau pays et nouveau système éducatif qui est complètement le contraire de celui de mon pays. J’ai l’impression de reprendre la maternelle, endroit où tu dois te familiariser avec le système avant de commencer à apprendre.  Après 15 années d’études, me voici confrontée à un changement auquel je dois très vite m’adapter pour ne pas rater ma session. Je suis étrangère et mes frais de scolarité sont exorbitants, alors je n’ai pas le droit à l’erreur. Je vais à la bibliothèque, je regarde plusieurs émissions télévisées histoire de me familiariser avec les médias et les personnalités québécoises.

Mais il reste que c’est difficile. J’appelle ma mère pour lui faire part de mes peurs et des difficultés que je rencontre.  Elle n’hésite pas à me répondre que la vie est quelques fois difficile, mais elle arrive tout de même à me réconforter avec quelques blagues.

Petit à petit j’y arrive, je passe mes soirées dans les centres commerciaux afin de voir du monde et d’observer leur manière de vivre. Lorsque je rentre à la maison, je regarde uniquement les émissions du Québec. Moi qui suis fan des médias français, voilà que je leur trouve des remplaçants.

Mais le climat perturbe mon adaptation. J’ai du mal à me réveiller, car il fait très froid. Il reste que j’aime tellement la beauté de la nature que certaines fois je sors uniquement pour regarder la neige qui  tombe ainsi que pour prendre des photographies de cette beauté naturelle.

L’hiver est tellement fort que je me trompe quelques fois d’autobus et je ne sais plus où je me trouve. Mais l’hospitalité québécoise se montre à moi. Comme ce monsieur si gentil qui m’accompagne jusqu’à l’autobus 801 et m’affirme que c’est le bon cette fois-ci, et ce, avec un grand sourire. Je le remercie en lui mentionnant que cette situation est un baptême, expression de mon peuple pour exprimer que tu as été noyé et tu en es sorti vivant.

Texte écrit par Anna Kasuku et révisé par Louis-Alexis Couture.

Crédit photo (couverture) : Malika Schneider

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