Sauver des vies: trouver la paix avec la mort

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Après avoir paru une première fois à Premier Acte en 2016, La Bordée, à Québec, reprend la pièce Sauver des vies mise en scène par Pascale Renaud-Hébert. Selon le directeur artistique Michel Nadeau, devant les épreuves incontournables et épouvantables que la vie amène, cette pièce est « une ode à tous ceux qui continuent d’avancer alors qu’ils auraient toutes les raisons de s’arrêter ».

Comment vivre en sachant qu’on va mourir? Faut-il affronter la maladie, en parler, vivre dans le déni ou se révolter? Est-ce préférable d’essayer de voir le positif malgré tout? Qu’est-ce qui se passe avec ceux qui restent après le départ? Comment trouver la paix avec la mort? Le simple fait d’imaginer de ne plus être présent est dévastateur. Devant la mort, tout demeure incompris, sans raisons et sans explications valables. Elle brise des vies, éteint les espoirs. La mort laisse dans le deuil des proches qui, en conservant les odeurs, les sourires, les petits moments en souvenirs, doivent essayer de trouver la paix intérieure et continuer d’avancer malgré tout.


Elle, Maude (Ariel Charest) était pour lui la femme de sa vie.

Elle, Muriel (Sophie Dion) était une mère et une épouse aimante, malgré ses défauts.

La pièce commence cinq ans après le décès des deux femmes. Philippe (Samuel Corbeil) et Étienne (Marc-Antoine Marceau), qui s’étaient rencontrés autour d’une machine distributrice, à la quête de croustilles Doritos, à l’hôpital lors de la mort de ces deux personnes chères, se rencontrent à nouveau par hasard dans un Jean Coutu. Étienne a réussi à continuer sa vie, tout en conservant le souvenir de son ex-amoureuse avec qui il croyait faire des enfants, alors que Philippe souffre encore de la mort de sa mère comme si cela était encore récent. Le premier est en paix tandis que le second est rongé par la rancœur envers ses parents qui ont préféré cacher et vivre dans le silence la maladie.

La pièce bascule alors cinq ans derrière. Le public découvre l’histoire de Maude âgée de la vingtaine et Muriel qui compte environ 20 ans de plus. Les deux sont atteintes d’un cancer incurable et affrontent la maladie et la mort d’une différente façon.

Tout d’abord, Muriel et son mari (Vincent Champoux) décident de cacher et passer sous silence la maladie par amour pour ses deux fils Philippe et Simon (Maxime Beauregard-Martin). Ils vivent tous des incompréhensions, puisque ces fils ne sont pas bêtes et inconscients. Ils voient très bien l’état de santé de leur mère se détériorer. De plus, à travers ces scènes, le public découvre l’histoire de Maude et Étienne, un couple amoureux qui s’est rencontré lors d’un voyage à Amsterdam. Après avoir chanté ensemble Man Of The Moon de R.E.M. à un karaoké, ils surent qu’ils étaient faits l’un pour l’autre. Leur vie amoureuse était prometteuse, sans savoir que leur bonheur serait menacé plus rapidement qu’ils n’auraient pu l’imaginer. Devant la mort et l’incompréhension qui l’habite, elle lance : « Ça l’aurait tellement pu être beau nous deux. Je ne comprends juste pas pourquoi on n’a pas le droit de vivre ça!» Elle essaie malgré la colère qui l’habite, d’accepter et de vivre en paix avec ce qui s’envient. Étienne veut seulement profiter des derniers moments avec elle, en les rendant beaux par toutes les façons possibles.

Les deux histoires de ces femmes et de leurs derniers moments se déroulent en parallèle, entre les décors réalistes d’un coin de jardin, de la maison familiale et de l’hôpital. Un des beaux effets de mise en scène a lieu vers la fin de la pièce. Au moment où Étienne prépare un pique-nique d’astronautes tant rêvé pour sa douce, dans un lit d’hôpital, sous un ciel lumineux à la toute fin de la pièce, ils seront transportés.

Marc-Antoine Marceau, l’amoureux attachant et Vincent Champoux, un père qui ne sait trop comment s’y prendre avec sa conjointe et ses garçons, réussissent tous les deux à aller chercher les émotions du public. Avec les moments de colère, les moments de tendresse, d’empathie, les blagues et les conversations chargées, les émotions et les dilemmes des personnages sont sentis facilement.

Cette pièce de 90 minutes sans entracte comprend des discours d’un réalisme irréprochable avec des scènes courtes pleines de tendresse et de vie, pour lesquelles le public passe rapidement du rire aux larmes. Elle émeut, sans être lourde, car chacun peut s’y retrouver tôt ou tard.

Sauver des vies est présentée à La Bordée jusqu’au 23 mars 2019.

Crédit photos : Nicola-Frank Vachon

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CULTURE

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