Sport et finance : un monde à part

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Depuis les années 1970, le salaire des athlètes professionnels a connu une ascension vertigineuse. Dictée par les revendications des associations des joueurs profitant de la popularité croissante de certains sports, cette escalade atteint aujourd’hui des sommets jamais égalés. Récemment, les artilleurs Zack Greinke et David Price ont apposé leurs signatures respectives sur des contrats de plus de 200  millions de dollars. Réaliste ou absurde ?

L’univers du sport est rempli d’athlètes au portefeuille bien garni. Tous sports confondus, cette progression des salaires ne date pas d’hier. À l’époque, en 1980, le légendaire lanceur Nolan Ryan gagnait 1 million de dollars par saison alors que la merveille du hockey Wayne Gretzky empochait à peine 3 millions de dollars en 1991. À titre comparatif, le joueur de centre Sidney Crosby touche aujourd’hui 8,7 millions par saison et la nouvelle entente du gaucher David Price lui confère un modeste salaire de 31 millions annuellement. Certes, le coût de la vie a augmenté considérablement, mais plusieurs autres facteurs expliquent cette progression astronomique. Tour d’horizon.

D’entrée de jeu, le partage des revenus est une source de débat constante entre les associations des joueurs et les propriétaires d’équipes sportives. Dans la première moitié du 20e siècle, les joueurs professionnels ne discutaient jamais de leur salaire entre eux et ils avaient encore moins accès aux livres des revenus des équipes. Négociant eux-mêmes leurs contrats, les athlètes étaient peu outillés face aux dirigeants. La création des associations des joueurs, en 1956 au baseball majeur et en 1967 dans La Ligue nationale de hockey, jumelée à l’arrivée des agents proféra de nombreux avantages pour les professionnels, à débuter par une hausse des salaires et la création d’un fonds de retraite commun. De plus, à l’époque, l’ouverture du système des agents libres laisse présager une explosion imminente des salaires. Les propriétaires s’inquiètent alors des effets potentiellement néfastes de la surenchère occasionnée par ce marché. Aujourd’hui, ces craintes se sont matérialisées et, paradoxalement, ce sont ces mêmes propriétaires qui ont participé à l’essor des salaires, notamment en voulant attirer des vedettes dans leurs villes en leur offrant un pont d’or.

Au baseball majeur, quatre grands mouvements de grève marquent l’histoire de ce sport et les avancées syndicales profitent pleinement aux joueurs. C’est notamment grâce à Marvin Miller, président de l’association des joueurs de la ligue majeure de baseball de 1966 à 1982, que ce syndicat est aujourd’hui considéré comme l’un des plus puissants en Amérique. Lorsqu’il quitte ses fonctions en 1982, le salaire moyen des athlètes est alors 10 fois plus élevé qu’à son arrivée. Parallèlement, dans le monde du hockey, Alan Eagleson se chargea de défendre les intérêts des hockeyeurs pendant près de 25 ans, soit de 1967 à 1991. À l’époque, rappelons que les équipes refusaient de divulguer certaines informations financières, la nomination de Eagleson est donc issue d’une volonté des joueurs de vouloir obtenir leur juste part des revenus, prétextant que c’est grâce à eux si les arénas étaient pleins.

Dans le même ordre d’idées, les revenus publicitaires jouent un rôle prépondérant non seulement dans le salaire annuel des athlètes, mais également pour le chiffre d’affaire des organisations. De plus, les lucratifs contrats de télévision et les droits de diffusion rapportent aujourd’hui des sommes jamais égalées. À titre d’exemple, en novembre 2013, Rogers devient le diffuseur officiel des matchs de la LNH au Canada pour les 12 années à suivre pour la modique somme de 5,2 milliards de dollars. En comparaison, un contrat de 10 ans de diffusion aux États-Unis a coûté 2 milliards à la chaîne NBC en 2011. Il faut toutefois considérer que le contexte américain diffère largement du contexte canadien, ce qui justifie en partie la disparité des sommes. À l’ère du numérique, la multiplication des plateformes de diffusion constitue également un facteur important quant à l’explosion des revenus publicitaires.

Somme toute, force est de constater que l’univers du sport est désormais régi par des motivations mercantiles bien plus que par la passion. Certes, il y a de ces athlètes qui pratiqueraient leur « loisir » favori uniquement pour le plaisir. Cependant, il faudra s’habituer à voir les sommes octroyées aux joueurs grimper en flèche et ainsi, débourser en conséquence lorsque viendra le temps pour nous de vouloir assister à ces spectacles.

 

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