Vulgariser l’humain : découvrir l’auteur Yuval Noah Harari

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Parfois, on cherche un bon livre pour relaxer, se déconnecter et contempler l’étendue de l’imagination humaine. Et parfois, on veut un livre qui va nous bouleverser, nous pousser à la réflexion, un livre qui nous fera nous repositionner en tant qu’être humain, autant sur l’axe de l’espace que celui du temps. C’est ce que Yuval Noah Harari réussit à faire à chaque coup de crayon.

Je viens de finir 21 leçons pour le XXIe siècle, le tout dernier livre de l’auteur et historien Yuval Noah Harari. Sorti en septembre 2018, il est le troisième, mais probablement pas le dernier best-seller de ce célèbre intellectuel.

Ces deux derniers livres, Sapiens : Une brève histoire de l’humanité (2014) et Homo Deus : Une brève histoire du futur (2016), se sont écoulés en milliers d’exemplaires un peu partout à travers le monde. Même Bill Gates, Barack Obama et Mark Zuckerberg ont louangé l’œuvre d’Harari.

À travers ses livres, l’historien tente l’impossible, c’est-à-dire réconcilier l’histoire, la philosophie et la science. Dans Sapiens, Harari porte un regard sur notre passé : du premier homme au néolibéralisme, en passant par les grands éléments qui structurent notre société. Dans Homo Deus, l’auteur israélien réfléchit sur le futur de l’espèce humaine en se basant sur sa condition existante : de la biotechnologie aux immigrants climatiques.

Finalement, dans cette dernière œuvre qu’est 21 leçons pour le XXIe siècle, Harari se questionne sur les grands enjeux auxquels l’Homo sapiens est confronté en 2018.

Loin de moi l’idée de m’élever au rang des Gates, Obama et Zuckerberg de ce monde, mais comme eux je crois qu’Yuval Noah Harari est un auteur important du présent siècle.

Harari a réussi à m’éclairer sur le monde, ce monde que je voyais brouillé par des lunettes anthropocentriques (qui font que l’humain est considéré comme l’élément central de l’univers) que je ne savais pas que je portais. Ses livres ont attaqué mes perceptions, chamboulé ma vision des choses et fragilisé mes idéaux. Le plus insultant dans tout ça, c’est qu’il n’a rien proposé en échange. En effet, Harari questionne tout sans donner de réponse.

Même si le titre de son dernier livre 21 leçons pour le XXIe siècle laisse croire que l’auteur proposera certaines vérités, il s’en abstient. Il préfère plutôt analyser des enjeux dans leur macroenvironnement et imaginer les avenirs potentiels qui en découleraient.

Du libéralisme à la guerre, de l’ignorance à la justice, de la post-vérité au travail, ces sujets sont tous abordés par Harari.

21 leçons pour le XXIe siècle, comme les derniers ouvrages de l’auteur, nous fait ressentir par moment un certain sentiment d’impuissance, de vide, de tristesse ou de frustration, la contemplation de notre vulnérabilité et de notre humilité au sein de ce monde étant dure à avaler.

Toutefois, le livre nous fournit des outils de pensée critique et nous permet de faire le ménage parmi certains de nos stress, de nos peurs, de nos envies et de nos plaisirs. Comme lors de tout ménage, un peu de poussière se dissipe sur le mobilier qui reste dans la maison; nos stress, peurs, envies et plaisirs ne nous paraissent que plus clairs.

Je ne saurais prouver que j’ai développé ma pensée critique à la lecture de ce livre si je ne mentionnais pas ses faiblesses.

Harari explore des concepts très larges en très peu de mots. Aucune exploration ne peut être exhaustive ni aucun concept développé à sa pleine mesure.

En tant qu’universitaire, je ne pourrais passer à côté du manque de sources bibliographiques de l’ouvrage. Selon Harari, le livre résulte pourtant de plusieurs recherches et documentations. Les confiants y verront une tentative d’alléger le texte; les sceptiques, un manque de rigueur.

Par ailleurs, l’historien semble parfois se perdre dans ses sujets. Une notion évoquée dans le chapitre sur la religion semblerait plus pertinente dans le chapitre sur la liberté, par exemple.

Cependant, l’ouvrage dans sa totalité est cohérent et se termine par un chapitre détonnant mais fascinant qui évoque l’outil méthodologique principal à la base de l’œuvre d’Harari : la méditation.

En résumé, je vous conseille la lecture de 21 leçons pour le XXIe siècle, ainsi que des deux ouvrages précédents de sa bibliographie, Sapiens et Homo Deus. Intellectuellement enrichissante et émotionnellement difficile, l’œuvre d’Harari exprime un point de vue, un discours, qui ne saurait se perdre dans les prochaines années. Un discours qui en déconstruisant l’homme et en le vulgarisant nous fait réaliser toute sa petitesse.

Crédit photo : https://www.ynharari.com/fr/book/21-lessons/

Sources :

http://www.lefigaro.fr/livres/2017/09/08/03005-20170908ARTFIG00004–homo-sapiens-et-homo-deus-la-nouvelle-bible-de-l-humanite.php

https://www.ynharari.com/

 

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CULTURE

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